10/05/2012

Ciné-Club

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Peter Brosens et Jessica Woodwoorth, réalisateurs, présentent leur film
«Altiplano ».

Le synopsis : Grace, photographe de guerre anéantie après un violent incident en Irak, décide de renoncer à son métier. Max, son mari belge, chirurgien spécialiste de la cataracte travaille dans une clinique des yeux dans les Andes au Pérou. Non loin de là, les villageois de Turubamba succombent à des maladies causées par des écoulements de mercure provenant de la mine locale. 
La jeune Saturnina perd son fiancé dans la contamination. Ignorant la véritable cause de l’épidémie, les villageois tournent leur colère contre les médecins étrangers, et, à l’occasion d’une rixe, Max est tué. Grace entreprend alors un pélerinage jusqu’à l’endroit de sa mort. De son côté, Saturnina prend des mesures drastiques pour protester contre les violences sans fin subies par son peuple et sa terre. Les destinées de Grace et Saturnina vont alors fusionner. Altiplano est un film lyrique et profond sur notre monde, un monde divisé mais pourtant inextricablement uni.

Sur « Altiplano » : Toute la grammaire cinématographique d’Altiplano emprunte d’une part au théâtre par le jeu des symboles et des masques, en privilégiant la frontalité et des plans séquences attachés souvent à la durée réelle des actions, en tournant autour de personnages immobiles dans une nature presque en décor. Son image magnifiée, très travaillée et colorée, joue sur les blancs et les noirs, les contrastes et la luminosité. Le récit va et vient entre plusieurs histoires qui se nouent autour de Saturnina. Ces déconstructions chronologiques, ces alternances de durées retissent du temps intérieur et construisent un monde où tout se mêle.


Hypnotique, le film d’autre part se meut dans de longs mouvements de caméra, des travellings le plus souvent panotés à 190 degrés, voire à 360 degrés, de très grands plans d’ensemble qui dévoilent les personnages dans des paysages secs, immenses, mythologiques. Peu à peu, Altiplano déploie un monde tressé et habité de symboles et d’esprits, un monde archaïque et ancestral comme celui de Médée que Jason trahira chez Pasolini, un récit, mêlé de rêves et de surnaturels, de plus en plus légendaire.
Il est des films que l’on trouve trop longs parce qu’on s’y ennuie. Mais l’ennui au cinéma est aussi l’épreuve d’une durée qui se fait sentir différemment. Le cinéma est ainsi, est aussi, le moment où une altérité s’éprouve dans un temps autre que, nous, spectateurs, devons expérimenter. Godard disait d’un plan qu’il n’est jamais ni trop long ni trop court, mais que sa durée est ou n’est pas juste. Alors Altiplano est d’une telle amplitude et d’une telle richesse qu’il mériterait de s’étendre au moins une demi-heure de plus pour nous hypnotiser jusqu’au bout et laisser à toutes ses images le temps d’infuser en nous.

15:27 Écrit par administration | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |